Faire une BD paraît énorme tant qu’on pense à l’album fini. Cela devient raisonnable quand on regarde le chemin : une idée, un résumé, un scénario, un brouillon dessiné, puis la planche. Les auteurs professionnels suivent le même parcours, et les écoles ou les musées le décrivent de la même façon. Voici chaque étape, avec ce qu’elle produit, les pièges à éviter et un projet réaliste pour une première fois.
L’essentiel en 30 secondes
- Les étapes classiques sont : idée, synopsis, scénario, découpage (storyboard), crayonné, encrage, mise en couleur, lettrage.
- Le storyboard est un brouillon rapide : bonshommes bâtons, cases à main levée. C’est là qu’on corrige l’histoire, pas sur la planche finale.
- Les dessinateurs travaillent souvent sur un format plus grand que l’album : A3 ou plus, selon la Cité de la BD.
- Pour une première fois, visez une planche de six cases ou un strip, pas un album.
Le chemin d’une BD, en bref
On retrouve ces étapes d’un guide à l’autre, avec des noms parfois différents. Les fiches pédagogiques les regroupent en trois temps : la préproduction (synopsis, scénario, storyboard), la production (dessins et crayonnés, encrage, mise en couleur) et la postproduction (corrections et assemblage des éléments).

L’ordre exact varie d’une source à l’autre. La Bibliothèque nationale de France, par exemple, place le dessin des décors après celui des personnages, le dialogue après la composition et l’illustration (parce qu’elles influent sur la taille et la position des bulles), et note que la couleur vient parfois avant le dialogue ; dans le manga, c’est à ce moment qu’on pose les trames. Retenez la logique plutôt que la liste.
Un mot sur les rôles. Le scénariste écrit l’histoire, les dialogues et les textes narratifs ; le dessinateur met le tout en images. Quand une seule personne fait les deux, elle est qualifiée d’« auteur ». Et le dessinateur ne suit pas forcément le scénario à la lettre : réaliser une BD est un travail de collaboration, où l’on se renvoie les idées sans cesse. Pour les autres mots du métier, le lexique de la BD fait le tour.
Étape 1 : trouver une idée
Tout commence par une idée, souvent tirée du quotidien, d’un fait d’actualité ou d’un coup de cœur. Elle n’a pas besoin d’être originale. Elle doit être petite : une situation, un personnage qui veut quelque chose, un obstacle. Les guides pour débutants conseillent généralement de commencer par une histoire courte.
Quelques façons de la trouver. Partir d’un fait vécu ou observé, qu’on exagère. Se poser la question « et si… ? » (et si mon chat parlait, et si la ville s’éteignait, et si ce devoir n’était jamais rendu). Choisir un personnage d’abord et se demander ce qui lui arriverait de pire. Ou se donner une contrainte : trois cases, un seul décor, aucun dialogue. Une contrainte stimule plus qu’une page blanche. Pour construire le héros, la fiche de personnage aide à ne rien oublier.
Le genre se choisit à ce moment. Une BD humoristique repose sur une chute, comme on l’a vu dans le guide du strip. Une BD fantastique demande un univers cohérent : trois ou quatre règles claires (ce qui est possible, ce qui ne l’est pas) valent mieux qu’une longue histoire du monde. Une adaptation d’un roman ou d’un film exige, elle, une réécriture complète.
Le dessin vous fait peur ? Six méthodes pour faire une BD sans savoir dessiner.
Étape 2 : le synopsis
Le synopsis est le résumé de l’histoire, en bloc de texte. D’après le dossier pédagogique de la Cité internationale de la bande dessinée, il doit comporter, résumés assez brièvement, un début, une fin, la description des personnages et celle des décors. Un autre dossier, celui du Musée de la bande dessinée de Bruxelles, propose dans ses ateliers un résumé de dix phrases au maximum.
Cette étape est indispensable : si l’histoire ne tient pas en quelques phrases, elle est sans doute trop grosse pour un premier projet. Relisez votre synopsis en vous demandant : y a-t-il un début, un milieu, une fin ? Que veut le personnage ? Qu’est-ce qui l’empêche d’y arriver ? Le guide du synopsis donne des exemples.
Étape 3 : le scénario
Le scénario développe le synopsis. Il peut être fictif, documentaire ou inspiré d’un fait réel. La Cité de la BD décrit un format simple : un scénario à deux colonnes, avec à gauche la description de la case, à droite les textes et dialogues qui y seront inscrits.
En classe, l’écriture peut se faire en deux temps : rédaction du récit en prose, puis organisation dans un séquencier qui détaille dialogues et textes narratifs. Pour les enfants, il est même plus facile d’écrire directement dans le séquencier : un récit pensé en séquences se découpe mieux qu’un récit linéaire qu’on doit ensuite traduire.
Étape 4 : le découpage et le storyboard
Une fois l’histoire écrite, il faut répartir l’action dans la page : c’est le découpage, ou storyboard. C’est un brouillon rapide de chaque page, qui permet de jeter sur le papier les images mentales venues à la lecture du scénario. Le dessin y est sommaire et schématique : bonshommes bâtons, cases tracées à main levée, pour ne pas perdre de temps.
C’est un moment de grande liberté, où tout est encore possible : cadrages, disposition des cases, emplacement des dialogues et des personnages. C’est aussi l’étape où l’on corrige l’histoire à bon compte. Le dossier suggère de le dessiner sur une feuille de format réduit (A5) dans un temps limité, pour éviter qu’il double le crayonné. Pour un atelier avec des enfants, on peut partir d’une planche prédécoupée, un gaufrier, qui sert de base au brouillon (voir le guide du gaufrier). Les plans et angles se décident à ce moment (guide du cadrage), et la méthode complète est dans le guide du storyboard.
Étape 5 : les recherches et le crayonné
Avant la planche, le dessinateur fait des esquisses : il dessine des dizaines de fois le même visage pour trouver la bonne expression, redessine un corps pour trouver la pose juste, travaille les vêtements et la physionomie du personnage. Des recherches graphiques sur les personnages, les décors et les costumes précèdent souvent le storyboard dans les projets collectifs.
Le crayonné est le moment où la planche commence à être dessinée au propre, le plus souvent au crayon de papier. L’avantage est de pouvoir revenir sur n’importe quelle erreur avec la gomme. Si une zone est abîmée à force de corrections, on peut redessiner le morceau sur une feuille à part, le découper et le coller par-dessus. Certains dessinateurs préfèrent un crayon bleu : le bleu n’est pas pris en compte par le scanner, il n’a donc pas besoin d’être gommé.
Format : les dessinateurs travaillent souvent sur un format plus grand que la page imprimée, A2, A3 ou davantage, « pour plus de confort et de précision », alors que l’album est imprimé dans un format proche du A4. Les repères de marges et de fond perdu sont dans le guide du format de planche.
Étape 6 : l’encrage et le lettrage
L’encrage finalise le dessin : chaque trait du crayonné est repassé en noir, puis le crayon est gommé. Certains dessinateurs décalquent le crayonné sur une feuille blanche, avec une table lumineuse par exemple. Chaque outil donne un aspect : le pinceau, un trait plus souple ; le stylo, un trait d’épaisseur constante ; la plume, un trait uniforme avec des pleins et des déliés. L’encre de Chine est régulièrement utilisée parce qu’elle ne bouge plus une fois sèche.
Le lettrage fait partie de l’encrage : c’est le passage au noir de tous les éléments textuels, bulles et narratifs. Autrefois chaque texte était écrit à la main et encré comme le reste ; beaucoup d’auteurs ont désormais recours au lettrage par ordinateur, avec des lettres normalisées par la typographie numérique et une gestion de l’espace plus simple. À ce stade, des corrections restent possibles : peinture blanche pour effacer un mauvais trait, ou collage d’un morceau redessiné. Dans les ateliers d’enfants, la plume et le pinceau sont difficiles ; le stylo indélébile est préférable, pour éviter les bavures si l’on colorie à la peinture.
Pour le lettrage : quelle police d’écriture choisir pour les bulles.
Étape 7 : la mise en couleur
La mise en couleur peut se faire à la peinture, au feutre, au crayon, ou à l’ordinateur, de plus en plus. Dans la plupart des cas, on n’applique pas la couleur sur l’original : on imprime un bleu d’impression, reproduction de la planche en noir et blanc, sur lequel on travaille. Certains auteurs pratiquent la couleur directe, directement sur l’original, le plus souvent à la gouache, à l’acrylique ou à l’aquarelle.
Pour une planche en noir et blanc, deux techniques font apparaître des nuances : le lavis (encre ou gouache noire diluée, appliquée sur le bleu) et la trame mécanique, liée au manga : des feuilles autocollantes de petits points noirs, dont la densité détermine la teinte, découpées et collées sur le bleu. À l’impression, la couleur est régie par la quadrichromie : cyan, magenta, jaune et noir, quatre passages de presse. Un conseil pour les débutants : constituez-vous une palette pour garder les mêmes teintes d’une page à l’autre.
La couleur n’est d’ailleurs pas obligatoire, comme le rappelle un guide d’atelier : une page en noir et blanc est une page finie.
Un premier projet réaliste
Voici l’erreur la plus répandue : viser un album de 46 pages pour une première BD. Un projet réaliste, c’est une planche de six cases, ou un strip de trois cases. Vous traversez ainsi toutes les étapes en quelques heures, vous voyez où vous butez, et vous avez un objet fini, ce qui motive pour la suite. Ensuite seulement, passez à quatre planches, puis à un récit plus long.
Côté outils, un crayon, du papier et un stylo suffisent pour débuter ; en numérique, c’est l’outil avec lequel on se sent le plus à l’aise qui compte. Un comparatif des solutions gratuites est proposé dans le guide des logiciels de création de BD.
Des planches vierges A4 en PDF pour ce premier projet : modèles de planches de BD à imprimer.
Les erreurs de débutant
Commencer à dessiner sans avoir écrit l’histoire : on se retrouve à la page trois sans savoir où l’on va. Sauter le storyboard : les défauts de rythme se découvrent à l’encrage, quand il est trop tard pour les corriger à bon compte. Vouloir tout finir parfaitement : le crayonné est fait pour être modifié. Négliger la place des bulles, qu’il faut prévoir dès le brouillon (guide du phylactère). Et se lancer dans un projet trop long, abandonné au bout de cinq pages.
Un exercice dans l’éditeur
Voici un parcours complet, en miniature, pour faire une planche de six cases.
Une planche de six cases, de l’idée à l’export
- Écrivez le synopsis en cinq phrases : un personnage, ce qu’il veut, l’obstacle, la solution, la chute.
- Notez un séquencier de six lignes : une ligne par case, avec le plan et le texte.
- Ouvrez l’éditeur BlankComic et prenez une mise en page de six cases : c’est votre storyboard propre.
- Dessinez ou composez les images case par case, puis placez bulles et cartouches.
- Exportez en PDF ou en PNG, montrez la planche à quelqu’un sans l’expliquer et notez où il hésite : c’est votre liste de corrections.
L’éditeur gère la mise en page, le texte et l’export ; l’encrage et la couleur « à l’ancienne » restent du papier, de l’encre et de la patience.
Questions fréquentes sur la création d’une BD
Quelles sont les étapes de création d’une bande dessinée ?
Idée, synopsis, scénario, découpage (storyboard), crayonné, encrage (avec le lettrage), puis mise en couleur. Les fiches pédagogiques les regroupent en préproduction, production et postproduction.
Par où commencer pour faire une BD quand on est débutant ?
Par une histoire courte : un personnage, un but, un obstacle. Écrivez un synopsis simple, découpez-le en cases, et visez une seule planche ou un strip. Il n’est pas nécessaire de maîtriser parfaitement le dessin pour raconter une histoire claire.
Quelle différence entre synopsis et scénario ?
Le synopsis est un résumé bref de l’histoire (début, fin, personnages, décors). Le scénario la développe : dans la version à deux colonnes, la description de chaque case est à gauche, les textes et dialogues à droite.
À quoi sert le storyboard ?
Le storyboard (ou découpage) est un brouillon rapide de chaque page : bonshommes bâtons, cases à main levée. Il permet de tester cadrages, mise en page et emplacement des bulles avant le vrai dessin, quand tout est encore facile à changer.
Quelle taille de feuille pour dessiner une BD ?
Les dessinateurs travaillent souvent en A2, A3 ou plus grand, puis la planche est réduite à l’impression. Pour une première BD, une feuille A4 convient très bien.
Peut-on faire une BD sans savoir dessiner ?
Oui, pour un premier projet : des personnages simples, des cases claires et une bonne histoire suffisent. Beaucoup de strips humoristiques reposent sur un dessin minimaliste ; ce qui compte, c’est que le gag soit lisible.
Faut-il obligatoirement colorier une BD ?
Non. La couleur est facultative : une planche en noir et blanc est une planche finie. On peut aussi y ajouter des nuances avec le lavis ou les trames.
Sources et pour aller plus loin
Les définitions de cet article ont été recoupées avec les ressources suivantes. Elles sont gratuites et valent la lecture.
- Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, « Les étapes de création d’une BD » : source principale ; rôles, synopsis, scénario, découpage, crayonné, encrage, couleur.
- Musée de la bande dessinée de Bruxelles, « L’Art de la bande dessinée » : dossier pédagogique, synopsis de dix phrases, ateliers de crayonné et d’encrage.
- Réseau Canopé, « Atelier de création d’une BD » (PREAC bande dessinée) : préproduction, production, postproduction.
- The Ink Link, « Les différentes étapes de réalisation d’une BD » : recherches graphiques, storyboard, encrage, couleur facultative.
- Nouvelles Littératures, « Comment un auteur de BD transforme une idée en planche dessinée ? » : naissance de l’idée et parcours du synopsis à l’encrage.
- BDnF (Bibliothèque nationale de France), « Comment organiser une séquence pédagogique BD » : processus créatif, ordre des étapes et structure en trois actes.
- Dessin humoristique, « Créer une bande dessinée : les étapes » : storyboard, crayonnage, couleurs et palette.
- Revue Geste, « Comment créer une BD : guide complet » : conseils pour débuter, outils.
