Le storyboard est le brouillon de la planche : une page minuscule, dessinée en bonshommes bâtons, où l’on décide de tout avant de dessiner pour de bon. Le découpage est la décision qui précède : combien de cases, de quelle taille, avec quel plan. Ensemble, ils transforment un scénario en images, et c’est là que se règlent les défauts de rythme à bon compte. Voici la méthode pas à pas, un exemple dessiné, le « name » du manga et une feuille vierge à imprimer.
L’essentiel en 30 secondes
- Le découpage répartit l’action en pages et en cases ; le storyboard (ou rough) est sa version dessinée, en petit et en schématique.
- On le fait petit (format A5 ou moins), vite et en bonshommes bâtons : si le dessin devient soigné, c’est déjà du crayonné.
- Il sert à vérifier le sens de lecture, les plans, la place des bulles et le rythme, avant de s’engager dans le dessin final.
- Au Japon, la même étape s’appelle le « name » (ネーム) : un brouillon de la page, souvent fait de vignettes miniatures.
Découpage et storyboard : de quoi parle-t-on ?
Le découpage consiste à transformer une histoire écrite en images : on répartit l’action dans les pages et les cases. Le dossier pédagogique du Musée de la bande dessinée de Bruxelles l’explique ainsi : le découpage transforme l’histoire en pages et en cases. Dans l’édition professionnelle, il sert aussi à déterminer le nombre de pages consacrées à chaque séquence.
Le storyboard, aussi appelé rough, est la version simplifiée de la page. Le dessinateur y esquisse en très petit format les planches de l’album, avec de petites cases et de petites bulles qui préfigurent la dynamique de chaque page. On parle aussi de découpage dessiné, par opposition au découpage écrit : le premier montre, le second décrit. Quand le scénario est déjà un séquencier (une ligne par case), le découpage écrit est en grande partie fait, et le storyboard n’a plus qu’à le mettre en page.
Un mot de plus : on lit parfois « chemin de fer » pour parler du découpage de l’histoire page par page, le terme est surtout employé dans les cours de storyboard. Pour le reste de la terminologie, voyez le lexique de la BD.
Pourquoi cette étape décide de tout
Les fiches-conseil du concours de BD scolaire du Festival d’Angoulême, publiées sur Éduscol, parlent d’un moment important dans la création : on y dispose les cases dans l’espace de la page, on définit leur forme et leur taille, et on réfléchit à la planche de façon globale. Le Musée de Bruxelles ajoute que le storyboard aide l’auteur à voir si l’histoire se comprend facilement.
Il y a aussi un argument économique. Dans un storyboard, un défaut de rythme se corrige en effaçant un trait de crayon. À l’encrage, il faut gratter, repeindre ou recoller. Le Musée de Bruxelles insiste sur cette liberté : à ce stade, tout est encore possible, cadrages, disposition des cases, emplacement des dialogues et des personnages.
La méthode, pas à pas
1. Partez du scénario, pas d’une idée vague. Le storyboard met en images un texte déjà écrit (voir le guide du scénario). Sinon, on dessine pour chercher une histoire, et on perd du temps.
2. Décidez du nombre de pages, puis de cases. Une séquence importante peut occuper plusieurs pages, une scène secondaire une demi-planche. La page franco-belge est souvent régulière, avec six à douze cases (c’est le principe du gaufrier), mais rien n’empêche une mise en page plus libre. Avec des enfants, on peut partir d’une grille prédécoupée : elle sert de base au premier brouillon.
3. Travaillez petit, vite et schématique. Le dossier de la Cité de la BD conseille de dessiner le découpage sur une feuille de papier machine de format réduit (A5), dans un temps limité, pour éviter que cette étape double le crayonné. Le dessin y est sommaire : bonshommes bâtons, cases tracées à main levée. Il suffit de comprendre ce qui se passe dans chaque case.
4. Respectez l’ordre de lecture. Les cases se disposent dans l’ordre prévu par le découpage écrit : de gauche à droite et de haut en bas pour un lecteur occidental, sans oublier les bulles que le lecteur doit lire dans l’ordre voulu (guide du phylactère).
5. Choisissez un plan et un angle par case. Pour chaque case, les fiches du Festival d’Angoulême conseillent de définir en priorité le plan et l’angle les plus efficaces pour le récit, et de les varier : l’alternance des plans, au sein d’une même planche ou d’une double page, stimule le regard du lecteur. Le guide des plans sert de référence.
6. Laissez de la place au texte. Tracez les bulles (même vides) et les cartouches dans le storyboard. Un texte qui n’a pas de place à ce stade en demandera trop à la planche finale.
7. Pensez en doubles pages. Les deux pages qui se font face forment idéalement un ensemble, et la dernière case d’une page peut être une case charnière qui prépare la suivante. C’est ce que le Musée de Bruxelles recommande dans ses ateliers.
8. Relisez, puis montrez-le. Faites lire le storyboard à quelqu’un sans l’expliquer. S’il hésite sur l’ordre des cases ou ne comprend pas la chute, il faut changer le découpage, pas l’expliquer.
Un exemple dessiné : six cases
Reprenons l’histoire de Léa et de son chat Moka, écrite dans le guide du scénario. Voici le storyboard qu’on en tire : des bonshommes bâtons, des bulles tracées en pointillé, une seule règle de mise en page, la dernière case est plus large parce qu’elle porte la chute.

Les choix de cette page se lisent vite. La case 1, large, installe le lieu en plan d’ensemble. La case 3, un gros plan sur le visage, porte l’agacement. Les cases 2, 4 et 5 sont des plans moyens ou américains, qui suivent l’action. La case 6 repasse en plan d’ensemble, mais dans un autre lieu : le changement de décor suffit à marquer le saut dans le temps. Et la bande du bas, plus grande que les autres, donne à la chute l’espace qu’elle demande : c’est une mise en page semi-régulière, comme on l’a vu dans le guide du gaufrier.
Découpage et rythme : taille des cases, page tournée
La taille d’une case est généralement proportionnelle à son importance. Ce que la BnF résume ainsi : les moments forts méritent plus de place, et il est possible de faire sortir des éléments d’une case pour interpeller le lecteur. Dans un récit d’horreur, par exemple, l’apparition d’un monstre est souvent placée au moment où l’on tourne la page, dans une case importante, afin de créer de la surprise.
Le découpage détermine ainsi la forme et le rythme de la narration, et l’articulation entre le texte et l’image, comme le rappelle un scénariste dans son guide. Une suite de cases régulières donne un rythme égal ; une grande case isolée, une pause ou un choc. Une série de petites cases peut donner une impression de vitesse, comme le note la fiche du Festival d’Angoulême pour les 6-12 ans. Ces effets se travaillent au storyboard, en comparant deux versions de la même page, une régulière et une brisée.
Quinze découpages éprouvés pour les scènes d’action : mises en page de BD dynamiques.
Le storyboard du manga : le « name »
Au Japon, le brouillon de la page s’appelle ネーム (nēmu), en français « name ». Les mangakas Akira Himekawa expliquent que ce mot japonais, emprunté à l’anglais, désigne le processus de storyboard dans l’industrie du cinéma et de l’animation : on y fait la mise en page et les répliques des personnages, après avoir créé l’intrigue. Concrètement, ils dessinent des mises en page, y placent de petites images simples et les répliques, et ce travail peut durer longtemps sur un nouveau projet.
Le principe est le même qu’en BD franco-belge : la page est pensée, rythmée, relue avant d’être dessinée. La différence tient au circuit éditorial : les éditeurs lisent ces « names » et jugent le contenu du manga avant que l’auteur ne passe aux planches finales, et il arrive que la version finale s’écarte du name. La composition d’une planche de manga obéit ensuite à ses propres codes de mise en page.
Ne pas confondre avec le storyboard de cinéma
Le mot est le même, l’usage est différent. Au cinéma, un storyboard est une forme de bande dessinée dont chaque vignette représente un plan du film ; il sert à évaluer, avant le tournage, la lisibilité du récit filmé, et il est dessiné par un storyboarder à partir du découpage technique. Il existe même un modèle « plan par plan », avec une page par plan. En BD, le storyboard n’est qu’une étape intermédiaire : c’est la page elle-même, en brouillon, destinée à son auteur.
Par ailleurs, l’expression « découpage technique » appartient surtout au cinéma. En BD, on parle simplement de découpage.
Pour un tournage, une feuille dédiée existe : modèle de storyboard vidéo 6 cases 16:9 (PDF).
Une feuille de storyboard vierge à imprimer
Voici une feuille de six cases avec leurs lignes de notes, à utiliser pour un storyboard au format A4. Utilisez la fonction d’impression de votre navigateur (« Imprimer », puis « Enregistrer au format PDF ») pour l’obtenir en fichier ou sur papier.
| Case 1 | Case 2 | Case 3 |
|---|---|---|
| Notes : plan, texte | Notes : plan, texte | Notes : plan, texte |
| Case 4 | Case 5 | Case 6 |
| Notes : plan, texte | Notes : plan, texte | Notes : plan, texte |
Les erreurs fréquentes
Soigner le dessin : c’est un brouillon, pas une planche. Sauter l’étape et passer directement au crayonné, avec le risque de découvrir à l’encrage que la page est illisible. Oublier les bulles, qui prennent plus de place qu’on ne l’imagine. Garder le même plan case après case. Oublier la lecture à voix haute : si l’on hésite, le lecteur hésitera aussi. Et vouloir tout caser sur une seule page : il vaut mieux ajouter une page que d’étouffer une case.
Un exercice dans l’éditeur
Le storyboard se fait d’abord sur papier, mais l’éditeur permet de tester plusieurs mises en page en quelques clics.
Comparer deux découpages de la même histoire
- Écrivez un séquencier de six lignes (une par case), avec le plan souhaité.
- Ouvrez l’éditeur BlankComic et prenez une mise en page de six cases égales : c’est le gaufrier de départ.
- Posez bonshommes et bulles vides en suivant votre séquencier.
- Redimensionnez une case pour agrandir la chute, et comparez avec la version régulière.
- Exportez les deux versions et demandez à quelqu’un laquelle il lit le plus facilement.
Gardez aussi vos projets au format .blank pour pouvoir les rouvrir.
Questions fréquentes sur le storyboard et le découpage de BD
Qu’est-ce qu’un storyboard en BD ?
Le storyboard, aussi appelé rough, est une version simplifiée de la page de BD : un brouillon rapide, en petit format, avec des cases tracées à main levée et des bonshommes bâtons, pour vérifier la mise en page et la lisibilité avant le vrai dessin.
Comment faire le découpage d’une BD ?
Partez du scénario ou du séquencier, décidez du nombre de pages et de cases, puis dessinez un brouillon en petit format : une case par moment, un plan et un angle choisis, la place des bulles réservée. Relisez dans l’ordre de lecture.
Quelle différence entre découpage et storyboard ?
Le découpage est la décision de répartir l’action en pages et en cases ; il peut être écrit ou dessiné. Le storyboard est le découpage dessiné, en brouillon.
Quelle taille pour un storyboard ?
Petite : un format réduit, comme le A5 conseillé par la Cité de la BD, voire de simples vignettes miniatures. L’objectif est de travailler vite, sans soigner le dessin.
C’est quoi le « name » en manga ?
Le name (ネーム, nēmu) est le brouillon de la page de manga : mise en page, vignettes miniatures et répliques, réalisés après l’intrigue et avant les planches finales. C’est l’équivalent du storyboard.
Le storyboard de BD est-il le même que celui du cinéma ?
Non. Au cinéma, chaque vignette représente un plan du film et sert à vérifier avant le tournage que le récit filmé est lisible. En BD, le storyboard est un brouillon de la page elle-même.
Où trouver une feuille de storyboard à imprimer ?
La feuille de six cases de cette page s’imprime telle quelle (« Enregistrer au format PDF »). Des planches vierges de 6 et 9 cases et une feuille de storyboard vidéo 16:9 existent aussi en PDF A4 gratuit ; l’éditeur gratuit permet en plus de comparer plusieurs mises en page et d’exporter en PDF ou en PNG.
Sources et pour aller plus loin
Les définitions de cet article ont été recoupées avec les ressources suivantes. Elles sont gratuites et valent la lecture.
- Musée de la bande dessinée de Bruxelles, « L’Art de la bande dessinée » : story-board, rough, case charnière et ateliers de crayonné.
- Musée de la bande dessinée de Bruxelles, « Faire de la bande dessinée » : définition du découpage et du storyboard (rough), page franco-belge de six à douze cases.
- Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, « Les étapes de création d’une BD » : découpage en format A5, bonshommes bâtons, gaufrier prédécoupé.
- Festival d’Angoulême, concours de BD scolaire, fiche-conseil 12 ans et + : « Le story-board » (Éduscol) : le découpage dessiné, étape importante de la création.
- Festival d’Angoulême, concours de BD scolaire, fiche-conseil 6-12 ans : « Comment dessiner ton récit » (Éduscol) : le story-board comme brouillon de chaque planche.
- Festival d’Angoulême, concours de BD scolaire, fiche-conseil 12 ans et + : « La narration » (Éduscol) : plan et angle par case, alternance des plans.
- Festival d’Angoulême, concours de BD scolaire, fiche-conseil 6-12 ans : « La case » (Éduscol) : nombre de cases et impression de vitesse.
- BDnF (Bibliothèque nationale de France), « Comment organiser une séquence pédagogique BD » : taille des cases proportionnelle à leur importance, tourné de page.
- Otaku Mode, « Akira Himekawa Teaches How to Draw Manga: Names » : le « name » du manga.
- Nomad Education, « Découpage technique et story-board » : storyboard de cinéma, chemin de fer, modèles de storyboard.
