Le mot strip prend deux sens en bande dessinée. Pour les uns, c’est une ligne de cases sur une planche. Pour les autres, c’est une petite BD autonome de trois ou quatre cases, du genre de celles que publient les journaux depuis plus d’un siècle. Voici ce que recouvre vraiment le mot, ce qui le sépare de la planche, d’où vient le format, et comment écrire puis mettre en page un gag en trois cases.
L’essentiel en 30 secondes
- Un strip est une bande horizontale de cases ; dans la presse, c’est aussi une courte BD autonome, souvent un gag.
- Le strip de presse compte le plus souvent trois ou quatre cases, mais aucune règle ne l’impose.
- Un gag en trois cases suit un schéma simple : installation, complication, chute, la chute tombant dans la dernière case.
- Sur une feuille A4 en paysage, trois cases de même taille mesurent environ 88 mm de large (calcul plus bas).
Strip : les deux sens du mot
Le mot est un emprunt à l’anglais, où strip veut dire « bande ». En français de la BD, il recouvre deux réalités.
La première est une réalité de mise en page. Le lexique de la Cité internationale de la bande dessinée définit le strip comme une bande horizontale composée d’une ou plusieurs cases, et le Musée de la bande dessinée de Bruxelles dit à peu près la même chose : l’ensemble des cases d’une ligne horizontale. L’Encyclopædia Universalis préfère « registre » ou « strip » : un alignement de cases forme un registre, une superposition de registres occupant toute une page forme une planche. Dans cet usage, une planche de BD contient donc plusieurs strips.
La seconde est une réalité éditoriale : le strip de presse (comic strip), une petite bande dessinée complète, publiée dans le journal, de quelques cases disposées le plus souvent à l’horizontale. Elle raconte un gag, ou un épisode d’une histoire à suivre.
Dans les deux cas, l’idée est la même : une bande, une ligne, quelques cases qui se suivent. Pour le reste du vocabulaire (planche, case, gouttière, bulle), voyez le lexique complet.
Strip, bande, planche : ce qui change
| Terme | Ce que c’est | Combien de cases |
|---|---|---|
| Case | Une image encadrée | 1 |
| Strip (ou bande, bandeau, registre) | Une ligne horizontale de cases, ou une courte BD autonome | Une ou plusieurs (trois ou quatre dans la presse) |
| Planche | Une page entière de BD, faite de plusieurs bandes | Variable |
| Gag en une case | Un dessin d’humour unique (dessin de presse) | 1 |
Pour éviter l’ambiguïté, un conseil de rédaction : dites « bande » quand vous parlez d’une ligne de la planche, et « strip de presse » pour la petite BD autonome. Dans une classe, les deux mots sont acceptés, à condition d’avoir expliqué lequel on emploie.
La différence avec la planche est plus qu’une affaire de taille. Une planche déploie une scène sur une page entière, avec ses bandes, ses grandes et petites cases, ses ruptures de rythme. Un strip, lui, doit tenir tout seul : il commence, se développe et se termine en une seule bande. C’est cette contrainte de brièveté qui fait sa force.
D’où vient le strip ?
Le strip est un enfant de la presse américaine. Le comic strip est une des formes les plus anciennes du neuvième art, et ses origines remontent à la presse américaine, avec des débuts dès 1896 si l’on suit le Yellow Kid de Richard Outcault, souvent considéré comme le tout premier. Au début du XXe siècle apparaît le premier strip quotidien, et dans les années 1910, le format de la bande quotidienne, souvent complétée d’une planche dominicale, devient la norme. L’agence King Features Syndicate, fondée en 1914, devient la plus grosse du secteur.
On distingue deux familles. Les continuity strips racontent des histoires à suivre, d’un jour à l’autre. Les gag-a-day strips (ou stop comics) offrent chaque jour un gag indépendant. Ces bandes ont d’abord été appelées funnies, par moquerie, avant que le terme de comic strip ne s’impose.
Le strip de presse a connu un virage en 1950 avec Peanuts de Charles M. Schulz. Dans les épisodes des années 1970, la semaine tenait en une bande de trois ou quatre cases, et le dimanche offrait un peu plus d’espace. Le dessin est minimaliste (quelques traits suffisent à reconnaître les personnages), et l’intérêt de la série tient à l’art de la variation : au fil du temps, Schulz redonne de très nombreuses versions d’un même gag. C’est la preuve qu’un format court peut porter une œuvre immense.
Écrire un gag en trois cases
Le strip humoristique traditionnel a vocation de faire rire en un minimum de cases, en général trois, même si certains en utilisent davantage. Une étude consacrée au strip québécois retient, elle, de quatre à six cases. Le nombre importe peu : ce qui compte, c’est que chaque case ait une fonction.
Case 1 : l’installation. On pose le personnage, le lieu, la situation. Elle doit être lisible en une seconde.
Case 2 : la complication. Quelque chose avance, se complique ou se répète. Le lecteur croit comprendre où l’on va.
Case 3 : la chute. Le dernier élément retourne ce que le lecteur pensait. C’est elle qui fait rire, ou sourire, ou soupirer.
Un exemple pour fixer les idées. Case 1 : un robot de bureau s’approche de son patron avec une cafetière, « Un café, patron ? ». Case 2 : le patron, absorbé par son écran, répond sans lever les yeux : « Volontiers. » Case 3 : le robot verse le café dans le clavier, et le patron regarde sa tasse vide, muet. Rien n’est dit dans la dernière case : le dessin fait la chute. C’est souvent le meilleur choix, parce qu’un strip n’a pas de place pour expliquer son gag.
Quelques règles d’atelier. Une seule idée par strip : si deux gags se disputent la place, faites-en deux strips. Peu de texte : une bulle courte par case suffit. Une chute visible : si on doit relire pour comprendre, elle est ratée. Et gardez la dernière case pour la chute, jamais pour la conclusion : une fois que le lecteur a ri, il faut s’arrêter.
Vous pensez ne pas savoir dessiner ? Un strip en bonshommes bâtons fonctionne très bien : faire une BD sans savoir dessiner.
Le gabarit d’un strip, avec les mesures
Un gabarit de strip est une bande divisée en cases égales. Voici comment la calculer pour une feuille A4 posée en paysage (297 × 210 mm).

Calculer un strip A4 en paysage
- Fixez les marges. Avec 10 mm de marge à gauche et à droite, la largeur utile est de 277 mm.
- Fixez la gouttière. Disons 6 mm entre deux cases.
- Divisez. Pour trois cases : (277 − 2 × 6) ÷ 3 ≈ 88,3 mm de largeur. Pour quatre cases : (277 − 3 × 6) ÷ 4 = 64,75 mm.
- Choisissez la hauteur. Par exemple 70 mm : les trois cases sont légèrement plus larges que hautes, les quatre cases presque carrées.
Ces chiffres sont des points de départ, pas des normes. Et rien n’empêche de faire plusieurs strips sur la même feuille A4 : deux ou trois bandes superposées, c’est une planche de gaufrier dont vous avez le détail dans le guide du gaufrier.
Autre option : le strip vertical, pratique pour la lecture sur écran. Le manga en a fait une forme à part entière avec le yonkoma, quatre cases empilées.
Le cousin japonais du strip, en quatre cases verticales : le yonkoma, avec modèle vierge.
Les erreurs fréquentes
La plus courante : vouloir raconter trop de choses. Un strip de trois cases n’est pas une histoire en miniature, c’est un gag, ou une scène, ou une idée. La deuxième : un texte trop long dans les bulles, qui prend la place du dessin. La troisième : une chute qui exige une explication, parce que l’image n’a pas assez de force. Il y a aussi l’erreur de gabarit : des cases de tailles différentes sans raison, ce qui trouble le rythme de lecture, ou une marge trop étroite qui fait disparaître le bord à l’impression.
Un exercice dans l’éditeur
La meilleure façon d’apprendre le strip, c’est d’en faire plusieurs, vite.
Faire un strip en dix minutes
- Ouvrez l’éditeur BlankComic et choisissez une mise en page de trois ou quatre cases en bande.
- Écrivez le gag sur papier en trois lignes : installation, complication, chute.
- Dessinez ou composez les trois cases, avec un seul personnage si possible.
- Ajoutez une bulle courte par case, et rien dans la dernière si le dessin suffit.
- Exportez en PDF ou en PNG, montrez-le à quelqu’un sans l’expliquer : s’il sourit, c’est gagné.
Questions fréquentes sur le strip de BD
C’est quoi un strip de BD ?
Un strip est une bande horizontale de cases. Dans la presse, c’est aussi une courte bande dessinée autonome, souvent un gag, de trois ou quatre cases disposées sur une ligne.
Quelle différence entre un strip et une planche de BD ?
Une planche est une page entière de BD, composée de plusieurs bandes. Un strip est une seule bande, ou une courte BD qui tient sur une seule ligne et se suffit à elle-même.
Combien de cases dans un strip ?
Il n’y a pas de règle. Le strip de presse en compte le plus souvent trois ou quatre ; Peanuts en utilisait en général quatre en semaine, et certains strips vont jusqu’à six.
Comment écrire un gag en trois cases ?
Suivez trois temps : installation (case 1), complication (case 2), chute (case 3). Une seule idée par strip, peu de texte, et une chute lisible sans explication.
Quelle est la différence entre un comic strip et un gag-a-day ?
Un comic strip est le terme général. Les continuity strips racontent une histoire à suivre, tandis que les gag-a-day strips proposent chaque jour un gag indépendant.
Quelle taille de case pour un strip A4 en paysage ?
Avec 10 mm de marge et 6 mm de gouttière, trois cases mesurent environ 88,3 mm de large et quatre cases 64,75 mm. La hauteur est libre : 70 mm est un bon point de départ.
Où trouver un gabarit de strip à imprimer ?
L’éditeur BlankComic propose des mises en page de trois ou quatre cases que l’on peut exporter en PDF ou en PNG, sans compte ni filigrane. Vous pouvez aussi tracer le vôtre avec le calcul de cette page.
Sources et pour aller plus loin
Les définitions de cet article ont été recoupées avec les ressources suivantes. Elles sont gratuites et valent la lecture.
- Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, « Lexique bande dessinée » : définition du strip et de la planche.
- Musée de la bande dessinée de Bruxelles, « Faire de la bande dessinée » : le strip comme ligne horizontale de cases.
- Encyclopædia Universalis, « Bande dessinée » : registre, strip, planche ; Yellow Kid et Peanuts.
- Encyclopædia Universalis, « Charles Monroe Schulz » : Peanuts et l’art de la variation.
- Librairie Mollat, « Comic strip, vous avez dit strip ? » : origines du comic strip, daily et Sunday strip.
- Wikipédia, « Comic strip » : continuity strip et gag-a-day, format quotidien (à recouper).
- Érudit, « Le strip au Québec » (Analyses, 2024) : contraintes formelles du strip (quatre à six cases).
